Ce texte est la retranscription d'une intervention de Christian Gauffin, conseiller auprès de la Ville de Stockholm, à l'Ecole des Mines d'Albi, le 18 mai 1998, dans le cadre d'une conférence intitulée "Les nouvelles technologies de l'information et de la communication: une chance pour le Tarn" qui avait été organisée à l'initiative du Conseil Général. Christian Gauffin y explique les méthodes employées par la Ville de Stockholm pour ses infrastructures. Bien que cela n'ait qu'un rapport indirect avec les réseaux locaux sans fils, j'ai reproduit ce document ici parce qu'il apporte des éclairages intéressants sur la manière d'articuler la fourniture d'infrastructures et leur exploitation.
La Suède est plus petite que la France et a surtout beaucoup moins d'habitants, 8,8 millions d'habitants,
ce qui fait pour une surface comparable à la France, 21 habitants au kilomètre carré. Plus
du tiers habitent dans trois grandes agglomérations. Il y a 4,5 millions de suédois économiquement
actifs dont plus des deux tiers dans le secteur des services.
Il y a moins de niveaux administratifs qu'en France puisqu'il y a l'État d'un côté, et les
288 communes de l'autre, avec 24 départements qui comme en France ont une dimension de Conseil Général
avec une assemblée d'élus et la représentation de l'État à travers la Préfecture.
Si on prend le Conseil Général, il s'occupe de la santé, essentiellement tout ce qui est médical,
tous les hôpitaux sont du ressort du Conseil Général et une partie du transport en commun.
Par exemple à Stockholm et dans la région de Stockholm c'est le Conseil Général de
Stockholm qui s'occupe du métro, des bus et de tout le transport en commun, même sur le territoire
de la Ville de Stockholm.
J'ai dit qu'il y a 288 communes, ce qui par rapport à la France représente vingt fois moins si on
met cela en rapport à la population, avec des compétences très larges sur tous les services
de l'enfance et de l'enseignement jusqu'au BAC, c'est-à-dire que tous les enseignants sont salariés
de la ville de Stockholm, tous les locaux, toutes les écoles, sont possédés par la Ville de
Stockholm; tous les services aux personnes âgées aussi sont du ressort de la Ville, les services sociaux.
Bien sûr, la planification et la construction, la voirie, la circulation, les questions d'environnement,
de culture et de loisirs...
Cela fait des municipalités qui ont aussi le droit de prélever des impôts. 20 % de tous les
revenus de tous les suédois, en moyenne, vont aux municipalités et sont prélevés directement
par les communes, et 10% en moyenne ou 11 % vont aux Conseils Généraux. Ce qui est quand même
assez considérable. D'autre part ces municipalités ont des pouvoirs juridiques importants.
Le Département de Stockholm c'est 1,7 million d'habitants, sur une surface de 6 500 kilomètres carrés,
avec 25 municipalités dont la Ville de Stockholm, mais il n'y a pas de communautés urbaines formelles
comme on peut en trouver à Lyon par exemple, mais un grand Stockholm sans statut formel, avec 1,6 million
d'habitants sur 22 municipalités et une surface de 3500 kilomètres carrés, ceci pour le situer
par rapport au Tarn, à la Haute-Garonne. La ville elle-même a 710 000 habitants, sur une surface de
187 kilomètres carrés, soit 3800 habitants au kilomètre carré.
Puisque la Ville a beaucoup de moyens, elle a pour 710000 habitants 55000 salariés. C'est assez important,
et je vous en parle maintenant pour vous dire que finalement même si la Ville et le département de
Stockholm ont beaucoup plus de moyens, ce qui s'applique aux nouvelles technologies d'information et de communication
est valable aussi pour des situations européennes très différentes où des Conseils
Généraux, où des municipalités, ont moins de compétences et moins de moyens.
La ville a un budget annuel de 33 milliards de francs et entre autres elle a des filiales, une holding Hôtel
de Ville, qui est une S.A., qui a des filiales, dont le chiffre d'affaires est de 14 millions de francs.
Parmi ces sociétés anonymes il y a la société STOKAB qui est la société
de fibre optique de la Ville de Stockholm. Les actifs de la Ville sont de l'ordre de 85 milliards de francs. Stockholm
est un marché très compétitif. Déjà en 1895 Stockholm avait plus de téléphones
en nombre absolu que Londres, Paris et Berlin réunies. Il y a donc une tradition dans le téléphone.
Vous connaissez Eriksson aussi qui a joué un rôle très important pour le développement
de ces technologies, et c'est une tradition en Suède qui se perpétue, mais avec une implication de
plus en plus forte des collectivités territoriales. Jusqu'il y a 20 ans ou même 10 ans, c'était
l'État qui s'en occupait, maintenant les collectivités territoriales ont compris que c'était
un enjeu absolument crucial.
10% des stockholmois tirent leurs revenus de l'industrie des télécommunications, 45% des habitants
ont un ordinateur à domicile et cela augmente encore, disons que c'est un niveau d'utilisation qui se rapproche
d'une masse critique qui fait que l'on peut envisager des structures de société complètement
différentes. Cela va changer les rapports entre les citoyens, les électeurs, et la Ville elle-même,
les collectivités territoriales. 40 % -maintenant c'est 50 %- des suédois ont un téléphone
portable, sur une population de 8,8 millions d'habitants il y a 4,5 millions de téléphones portables.
Là encore on commence à se rapprocher de masses critiques telles que cela restructure la société
et pose des questions politiques de fond. Cela signifie aussi que le portable est devenu un instrument complètement
banalisé et comme vous allez le voir cela fait partie des instruments de la collectivité territoriale.
Le Conseil Général de Stockholm utilise le portable comme un instrument, il est absolument évident
que tout salarié doit avoir son portable.
15 % des stockholmois ont accès à INTERNET sur leur lieu de travail et 30 % chez eux, c'est-à-dire
que sur les 45 % des ordinateurs à domicile maintenant les deux tiers sont reliés à INTERNET.
Une petite particularité: 80 % des communications INTERNET de l'Europe transitent par Stockholm. Là
encore la Suède a misé fortement sur INTERNET et est absolument persuadée qu'INTERNET est
incontoumable, que ce n'est pas une mode.
Alors la Ville de Stockholm a eu il y a quelques années une majorité d'élus qui ont
pris conscience de l'importance de ces nouvelles technologies d'informations et de communication et a eu un Maire
qui s'est dit : "Je n'y connais pas grand chose mais je crois comprendre que c'est de plus en plus important
pour le fonctionnement de ma ville, et surtout pour son développement économique. Donc il faut développer
un plan, des missions stratégiques pour ces nouvelles technologies d'information et de communication et
persuader le Conseil Municipal et les stockholmois de la nécessité de miser dessus et de mettre de
l'argent dedans."
Les quatre objectifs de ces missions stratégiques sont:
Pour accroître l'efficacité des services de la ville, on travaille sur une téléphonie
avancée, une base ou des bases de données standardisées, accessibles à tous, pour faire
en sorte qu'il y ait une base unique pour tous les services de la Ville et qui fonctionne en temps réel.
Pour cela il faut absolument être connecté. Tous les services de la ville. Il y a 2000 points sur
le territoire de la Ville de Stockholm qui doivent être reliés pour changer le mode d'organisation
du travail administratif de la ville, pouvoir établir un système INTRANET efficace et un système
INTERNET qui soient en quelque sorte le même, que le consommateur ou le salarié de la Ville de Stockholm
ne fasse plus de différence entre INTRANET et INTERNET, et bien sûr un e-mail généralisé
puisque tous les salariés de la Ville de Stockholm ont une adresse e-mail dans la ville. Ils n'ont pas tous
un ordinateur mais ils ont tous leur adresse et leur code personnel et on doit pouvoir s'adresser à eux.
Bien sûr les autres mesures qui sont engagées concernent la formation du personnel et des enseignants.
On a misé énormément sur les écoles, parce qu'on sait que ce qui est crucial ce n'est
pas tant de mettre en place des systèmes techniques très développés et très
performants, c'est le degré de maturité moyenne des utilisateurs moyens des services des collectivités
territoriales, et ces systèmes n'iront jamais plus loin que la maturité générale d'utilisation
de ces techniques par les salariés de base.
Une condition nécessaire pour réaliser tout cela ce sont des liaisons Télécom inter-sites
plus performantes et moins coûteuses que notre opérateur historique national, qui avait les mêmes
comportements que France-Télécom, c'est-à-dire un comportement monopolistique. Et cet outil
stratégique a été constitué par la Ville, c'est un réseau d'inter-connection
des sites communautaires, STOKAB, c'est une filiale de la Ville de Stockholm.
Jusqu'ici les services téléphoniques comme je le disais passaient par le réseau public de
Suède-Télécom et nous coûtait 60 millions de francs par an, dont 30 millions en consommation
par le réseau dont la moitié pour le G.S.M. et 130 millions en abonnements payés à
Suède-Télécom pour des liaisons spécialisées et le personnel de nos standards,
le personnel de la Ville.
La Ville de Stockholm a pu profiter de cet accord national et s'est jointe à cet accord pour pouvoir aussi
avoir des services de téléphonie et de communication inter-sites plus performants. Cet accord est
valable pendant deux ans, du 1er juillet 1996 au 30 juin 1998, avec la possibilité de le prolonger trois
ans et dans le cas de Stockholm il y a eu une attribution à TELIA Suède-Télécom pour
trois ans du 1er janvier 1997 au 31 décembre 1999, on a acheté la téléphonie G.S.M.
séparément et on a fait un cahier des charges et une rédaction pour les marchés réalisés
par le service informatique et Télécom de la Ville, mais qui précisaient toutes les fonctions
que nous voulions avoir.
L'idée est donc d'acheter des fonctions et pas d'acheter du matériel, c'est- à-dire que c'est
l'opérateur qui amène son matériel, qui nous donne des fonctions et qui utilise les lignes
de la Ville, le réseau métropolitain de la Ville. Nous avons réussi à faire des économies
de 40 millions de francs pour l'année 1997 par rapport à ces 160 millions de francs et en plus nous
avons atteint une flexibilité accrue grâce au cahier des charges précis des services et nous
avons maintenu la possibilité de changer d'opérateur. Si au bout de trois ans nous ne sommes pas
contents, nous pouvons refaire un appel d'offres. L'opérateur avec qui nous avions contracté avant
reprend son matériel et on en met un autre. L'important est d'avoir un réseau tel qu'on n'est jamais
dépendant de la technique de l'opérateur à qui on attribue un contrat pour trois ans.
Un opérateur, quel qu'il soit, ne fera rien de plein gré, donc c'est une question de rapport de forces
et pour pouvoir négocier sereinement avec quelqu'un qui a eu un monopole pendant quelques décennies,
un demi siècle ou un siècle, il faut construire cette position de force.
Pour stimuler l'introduction ou le développement de nouveaux services nous avons utilisé cet
outil stratégique d'un réseau optofibre métropolitain accessible à tous, la société
STOKAB. Ces nouvelles technologies d'information et de communication ont été enseignées dans
les écoles de la ville. Toutes les écoles sont équipées de nouveaux ordinateurs et
logiciels. Bien sûr, il y a eu des séances pédagogiques, des écoles modèles,
pour diffuser ces nouvelles technologies d'information et de communication et les 3000 enseignants de la ville
ont reçu une formation qui leur a permis de conduire les ordinateurs. Cela peut paraître un peu exagéré
mais en fait on se rend compte qu'il y a des assistances tout à fait importantes, par exemple chez les enseignants
qui n'ont pas eu l'habitude de ces nouvelles techniques, on a réalisé 150 millions de francs sur
ces problèmes de formation.
Le réseau optofibre métropolitain de Stockholm est une infrastructure ouverte à tous, grands
et petits, c'est donc la condition nécessaire pour pouvoir avoir de la concurrence entre les opérateurs
Télécom sur le territoire de Stockholm. On a créé cette société, la STOKAB,
qui est une société anonyme municipale créée par la Ville, qui en détient 91
% des actions mais qui a établi un partenariat avec le Conseil Général qui en détient
9 %. Nous restons gestionnaire de réseau et non opérateur de service.
Donc le point principal est de disposer d'une infrastructure accessible à tous, personne ne doit être
écarté. On évite par exemple la situation où un opérateur installe son câble
mais en interdit l'accès à d'autres, même si les directives européennes disent qu'il
faut laisser l'accès aux tiers il reste à prouver que dans la pratique ce soit faisable de façon
efficace.
La mission de STOKAB est aussi de coordonner et d'augmenter l'usage des conduits existants, c'est presque un des
points les plus importants. c'est mettre en commun tout ce que l'on a comme réseaux souterrains sur son
territoire, que ce soit la Ville ou le Département, même s'il y en a beaucoup plus en centre ville,
et de le faire gérer par quelqu'un qui est neutre, qui ne va pas en quelque sorte utiliser cette position
pour essayer d'avoir des avantages en ce qui conceme les opérateurs de services. C'est très important
dans les villes parce que si chaque opérateur doit creuser pour pouvoir mettre son câble, cela crée
des dérangements tout à fait importants. L'idée est de stimuler le marché en offrant
de la capacité à un coût inférieur au prix de revient d'un nouvel opérateur qui
ne pourra jamais faire à meilleur marché que la Ville elle-même tout ce qui est l'infrastructure
physique.
L'autre aspect est de faire en sorte que l'on ait toujours suffisamment de fibres à offrir aux opérateurs
qui le demandent. La question était de savoir à quel niveau on se positionnait ? En fait nous avons
vu que le niveau optimal était de louer de la fibre pour pouvoir d'une part optimiser l'utilisation de ces
conduits, d'autre part garantir à chaque opérateur l'intégrité de son réseau,
donc il aura sa fibre optique, sa fibre noire et il pourra y faire passer ce qu'il voudra, ceci ne concerne absolument
pas le gestionnaire de réseau.
La Suède a aussi cet avantage d'avoir ouvert son marché des Télécom dès le 1er
juillet 1993, ce qui tout de suite a amené une série de grands opérateurs, j'ai mentionné
France Télécom, mais il y a aussi M.V.S., British Télécom, des opérateurs G.S.M.,
et ils considèrent en quelque sorte le Département de Stockholm comme un lieu d'expérimentation
parce qu'ils savent que là ils vont pouvoir tester les nouveaux produits et ils vont pouvoir se rendre compte
comment fonctionne un marché réellement ouvert, et ces opérateurs ont tous besoin de capacités
en fibre optique.
Le résultat est que les prix chutent. Je peux vous dire que le prix des connections inter-sites a chuté
de 90 % après l'introduction du réseau de STOKAB et la clientèle maintenant demande du débit,
ce que recherchent maintenant les opérateurs c'est le plus de débit possible.
La Ville s'est engagée à être gestionnaire de réseau, mais à ne pas être
opérateur de service et si elle veut connecter ses différentes parties, la Ville loue de l'espace
au même titre que les autres sur les lignes de la STOKAB, sa filiale. Ceci est absolument crucial pour être
crédible dans sa neutralité, dans son impartialité et nous croyons que seules des collectivités
territoriales peuvent l'être, ou éventuellement quelqu'un qui est délégué, qui
a une responsabilité déléguée de gérer ce réseau de fibres optiques,
mais en ne faisant que cela. Avec la Générale des Eaux par exemple, comme c'est le cas à La
Défense, on a un opérateur concessionnaire de réseau qui en même temps est un concurrent
de ceux qui devraient être sur sa boucle et nous pensons que c'est un très mauvais principe; qu'il
faut une neutralité absolue, c'est comme si la voirie d'Albi était possédée par la
Lyonnaise des Eaux ou même par un autre grand opérateur qui serait partie prenante et qui en même
temps aurait des transports sur ces voiries.
Un réseau complet de fibre optique. Cette fibre va jusqu'aux bâtiments, dans toute l'aire métropolitaine.
C'est en train de se terminer en 1998, ce qui permet de connecter tous les services de la Ville, toutes les zones
d'activité et les immeubles particuliers, mais un accord vient d'être conclu il y a quelques mois
entre le Conseil Général et la STOKAB pour connecter pour le Conseil Général les hôpitaux
et tous les bâtiments administratifs du Conseil Général et ensuite progressivement l'objectif
est de faire entrer les municipalités aussi dans ce réseau.
Les conclusions importantes sont qu'il faut considérer ce réseau optofibre métropolitain
comme la nouvelle infrastructure d'intérêt général, au même titre que la voirie
et que les autoroutes. Donc c'est vraiment un équipement, une infrastructure publique. Pour que cela puisse
être considéré comme vraiment de l'infrastructure, il nous faut avoir un réseau que
de fibres noires, donc un réseau neutre qui doit pouvoir tenir 20 ou 30 ans, et des opérateurs de
services qui doivent pouvoir brancher tout le matériel qu'ils veulent et utiliser tous les progrès
techniques possibles, et selon le niveau d'investissement avoir plus ou moins d'efficacité lorsqu'ils utilisent
ces fibres optiques.
Pour pouvoir faire cela je crois que le principe fondamental est la séparation du réseau et des flux.
Lors de la dérégulation, on a proposé à l'opérateur national de séparer
le réseau téléphonie des services téléphoniques et Suède-Télécom
a refusé, bien sûr, je crois savoir que cela a été un peu la même chose en France,
on a dû à un moment envisager de séparer le réseau de France-Télécom des
flux et France-Télécom n'a pas voulu.
Alors en ce qui concerne Suède-Télécom c'est parce qu'en tant que monopolistes, vous l'avez
compris, si on sépare le réseau des flux et s'il y a un accès à égalité
entre différents opérateurs de service sur ce réseau neutre qui serait géré
par l'État par exemple, ils ne peuv,ent plus avoir des consommateurs captifs et ils ne peuvent plus empêcher
de nouveaux arrivants de venir.
Le paradoxe est qu'on a plus de concurrence au profit de l'intérêt général lorsque les
collectivités territoriales prennent des initiatives, c'est-à-dire prennent leurs responsabilités
d'initiateur et de gestionnaire d'infrastructures et disent : "d'accord, on va établir une infrastructure
parallèle, puisque l'état n'a pas fait la séparation des réseaux et des flux, nous
allons être obligés d'implanter un nouveau réseau pour qu'il y ait de la vraie concurrence."
On met en exergue les grandes contradictions entre la sphère publique et la sphère privée.
Est-ce que Suède-Télécom doit être public ou privé ? En fait c'est moins cela
que les enjeux entre le national et le local, l'État, le Gouvernement suédois -c'était la
question- va-t-il laisser les collectivités territoriales prendre leurs responsabilités en ce qui
conceme le développement des infrastructures absolument cruciales pour le développement économique
des collectivités ?
Il y a aussi un conflit entre les centres urbains et la périphérie, mais je pense qu'il y a plus
de complémentarités entre la Ville de Stockholm et le Département, on voit qu'ils ont des
intérêts communs et je pense en regardant la situation dans la région Midi-Pyrénées
que la Ville de Toulouse, ou le District de Toulouse, a tout intérêt à coopérer avec
le Département du Tarn et inversement.
L'autre contradiction en fait de fond est: monopole ou concurrence ? Par exemple le fait de privatiser un monopole
n'amène pas nécessairement la concurrence, donc pas non plus de meilleur service pour les citoyens
et les consommateurs. Il y a aussi les possibilités de développement et d'accès équitable
au réseau et aux services. C'est une question de fond, une question politique. Il s'agit de trouver, lorsqu'on
déploie un tel réseau, un équilibre entre centre-ville et zones à faible densité
de population, tout en sachant qu'il faut commencer par les zones où le réseau est porteur et où
de nombreux opérateurs vont vouloir s'installer et vont vendre leur service à de nombreuses personnes,
pour ensuite pouvoir, à la marge, progressivement développer dans les zones à plus faibles
densité. Il y a aussi cette question, que ce soit pour un Département ou dans une Ville, du rapport
entre les zones économiquement fortes et les quartiers en difficulté, on peut très bien politiquement
dire qu'on va miser sur ce quartier dit en difficulté pour qu'il ait la chance de se développer avec
les nouvelles technologies d'information et de communication et rattraper son retard par rapport aux autres quartiers
de la Ville.
Je vais terminer sur une double obligation: pour les services publics c'est un devoir d'initiative, puisque je
considère que ce réseau optofibre métropolitain est une infrastructure publique qui doit durer
20/30 ans, on en aura besoin encore à cette époque là, donc il y a ce devoir d'initiative
de créer ce réseau, et c'est un devoir d'initiative locale pour plus d'efficacité ; il faut
ensuite en garantir l'accès à tous ceux qui le souhaitent, n'écarter personne, et petit-à-petit
les opérateurs de services pourront offrir des services qu'ils n'auraient pas pu offrir s'ils avaient été
obligés de mettre leurs câbles eux-mêmes, c'est sûr, donc cela donne l'accès à
des opérateurs de services qui sont des expérimentateurs, des pionniers et qui par la suite peuvent
se développer très fort et avoir une importance très grande pour le Département en
question dans son développement économique.
Il faut toujours le doter d'une capacité suffisante, c'est crucial car si la demande augmente il faut que
la société en question, qui gère ce réseau optofibre de fibres noires, puisse mettre
de nouveaux câbles et louer de nouvelles fibres, mais en même temps il y a un devoir de réserve,
c'est celui de rester un opérateur de réseau impartial vis-à-vis des opérateurs de
services, c'est-à-dire ne pas être leur concurrent pour réserver au secteur privé ce
pourquoi il est bon.
Je vais terminer sur un point. La Direction de la Concurrence il y a quelques trois a donné l'autorisation
à la Ville de Stockholm d'avoir le monopole de creuser en centre-ville pour y installer ses câbles
fibres noires et les offrir aux opérateurs parce qu'elle a considéré que cela n'entravait
pas la concurrence mais qu'au contraire cela la favorisait.
Merci."
[Applaudissements]
Christian Gauffin, le 18 mai 1998