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Est ce possible en l'état actuel de la règlementation ?


Grandes lignes

Bien que le projet soit faisable sur le plan technique et économique, il ne l'est pour l'instant pas sur le plan juridique compte-tenu de la réglementation française:

  1. L'usage d'appareillages RLAN à 2,4 GHz n'est actuellement permis en France que:
    1. moyennant une limitation de la puissance d'émission à 100 mW, ce qui limite la portée des liaisons à quelques centaines de mètres (norme ETSI ETS 300-328)
    2. dans un certain nombre d'agglomérations urbaines (> 50 000 hab), moyennant une déclaration préalable, sur une portion de fréquence réduite de moitié (SP/DGPT/ATAS/23)
    3. pour un usage exclusivement privé
  2. Les collectivités locales ne sont autorisées à s'impliquer dans la fourniture d'infrastructures de communication que dans les conditions suivantes:
    1. en cas de carence constatée des opérateurs du marché, ce qui n'est pas le cas puisque France Télécom est chargé du service universel
    2. pour leur usage interne exclusivement, sans pouvoir commercialiser les infrastructures, donc sans pouvoir les rentabiliser

Cependant, ces dispositions réglementaires ne paraissent pas établies pour durer. Elles sont plutôt de l'ordre des garde-fous que l'on met en attendant d'y voir plus clair. Il n'est donc pas impensable que les obstacles juridiques puissent être levés dans un avenir proche si le besoin s'en fait sentir.

Quant à la norme ETS 300-328

La norme ETS 300-328 de l'ETSI limite la puissance d'émission effective rayonnée (PIRE) à 100 mW. Pourtant, le texte équivalent aux USA (FCC part 15) autorise depuis 1985 une puissance d'émission de 1000 mW sans que l'on ait constaté que cela pose des problèmes malgré une densité d'utilisation nettement plus élevée qu'en Europe. On est donc amené à penser que la raison d'être de cette limitation est d'ordre politique plutôt que technique et vise à empêcher toute possibilité de concurrencer les opérateurs en limitant la portée des liaisons à quelques centaines de mètres. Si tel est le cas, pourquoi alors ne pas autoriser une puissance supérieure dans les zones à faible densité de population où aucun opérateur ne peut de toute façon espérer gagner sa vie ?

Quant aux restrictions du Ministère de la Défense

La directive SP/DGPT/ATAS/23 du Ministère de la Défense ajoute aux conditions de la norme ETSI des restrictions supplémentaires: plage de fréquences réduite de moitié + villes de plus de 50 000 hab. + déclaration préalable. La raison invoquée est que des services du Ministère de la Défense utilisent cette fréquence et se la réservent pour cela.

D'après Le Journal du Téléphone de septembre 2000, le Ministère de la Défense aurait annoncé son intention de mettre fin à ses restrictions à compter du 1er janvier 2001. Cela n'affectera vraisemblablement pas la limitation de puissance de la norme ETSI, qui devrait rester en vigueur.

Quant à l'usage exclusivement privé

Un communiqué de l'ART ajoute aux restrictions précédentes celle d'un usage limité au domaine privé. Cela rejoint la notion de GFU (Groupe Fermé d'Utilisateurs) utilisée pour définir les réseaux indépendants, qui sont autorisés à déployer leurs propres infrastructures. L'ART ne fait en cela qu'appliquer la doctrine gouvernementale, dont il est question ci-dessous.

Quant à l'implication des collectivités locales

La loi de réglementation des télécommunications a introduit la concurrence et défini le service public universel qu'elle a confié pour l'essentiel à France Télécom, mais elle n'a pas révisé la jurisprudence administrative en ce qui concerne les droits des collectivités locales. En l'état actuel de la réglementation, les collectivités locales ne peuvent donc pas assumer leur rôle d'aménageurs dans un domaine et à un moment qui est crucial pour leur avenir sur l'arène internationale. Par ailleurs, les lois du marché ne sont opérantes que là où il y a des marchés rentables, ce qui laisse de nombreux vides. Les tensions sont de ce fait assez vives entre les collectivités locales, les opérateurs et le gouvernement et devraient logiquement conduire à une révision prochaine des lois.

Les réticences à affranchir les collectivités locales de l'interdiction de s'impliquer en tant que fournisseurs d'infrastructures tiennent principalement à 2 risques:

  1. celui de voir se créer presqu'autant de petits France Télécom locaux qu'il y a de collectivités locales
  2. celui de déstabiliser trop fortement France Télécom sur les marchés de la France profonde qui constituent la base la plus sûre de son fonds de commerce

Le premier risque est indubitable et aurait des conséquences catastrophiques. Les suédois ont cependant mis au point une solution pertinente qui a fait ses preuves depuis quelques années et qui consiste à limiter le rôle de la collectivité locale à la fourniture d'infrastructures qui sont exploitées par des opérateurs indépendants dans le cadre de contrats à durée déterminée. Voir "Le modèle stockholmois". Cette solution pourrait assez facilement être adaptée en France, où les modèles administratifs ont suffisamment de points communs.

En ce qui concerne le second risque, il ne va pas être possible de ménager la chèvre et le chou. L'Etat va devoir choisir entre l'avenir de France Télécom et celui des collectivités locales dans un contexte de guerre économique où le temps presse. Compte-tenu du poids relatif des 2 parties en termes d'enjeux électoraux, les collectivités locales devraient logiquement l'emporter à terme... mais à quel terme ?

Nouvelles récentes: faisant suite au discours du Premier Ministre lors de sa visite à Castres (15/12/2000), un projet de modification de l'article 17 de la LOADT a été établi afin de permettre l'intervention des collectivités locales en matière d'infrastructures de télécommunications. Ces nouvelles dispositions vont dans le (bon) sens du "modèle stockholmois" évoqué ci-dessus. A suivre ...

Comment l'ART voie l'avenir

"ÉVOLUTION ENVISAGÉE DU CADRE RÉGLEMENTAIRE EN FRANCE
L'étude confiée en 1996 au cabinet de conseil Basic 2000 a dressé un état du marché prospectif des réseaux locaux radioélectriques (RLR) ou " RLAN " en France et en Europe, l'évaluation des perspectives pour Hiperlan (bandes 5 GHz et 17 GHz) et le bilan comparatif de l'environnement réglementaire en Europe. Cette étude doit permettre de faire progresser la réflexion concernant le régime réglementaire contraignant institué en France pour les RLR, en prenant en considération les assouplissements établis par la loi de réglementation des télécommunications du 26 juillet 1996, qui
prévoit (article L-33-3 du code des P et T) que les installations radioélectriques n'utilisant pas de fréquences spécifiquement assignées à leurs utilisateurs sont établies librement sous réserve de conformité à des conditions d'utilisation. A ce stade, cette évolution reste toutefois soumise à un accord préalable des forces armées. En revanche s'agissant des réseaux locaux radioélectriques à haute performance (Hiperlan pour High performance radio area networks), un régime d'autorisation sans délivrance d'une licence individuelle va être prochainement établi pour l'utilisation d'équipement fonctionnant dans la bande de fréquence 5,15 - 5,25 GHz. " (
ART - Réseaux Locaux Radioélectriques (RLR) - sept 98)

à suivre ...


Notes:


 Pssst ! Les images de l'entête servent à naviguer au sein du document.


Webmestre: Didier Lebrun - Mise à jour : 14 février 2001